L'impact sur la Supply Chain de l'émergence des produits

 

Lorsque le contenu, la provenance, la qualité ou encore l’équitabilité des produits que nous retrouvons dans nos assiettes, répondent à un de nos besoins primaires, nous soucient de plus en plus ; qu’en est-il de l’impact de ces aspects sur les différents acteurs de la Supply Chain nous permettant de la remplir ?

Comment définir un produit « sain » ?

Un produit « sain » tel qu’il est présenté dans cet article est un produit dont une à x de ses caractéristiques sont identifiées comme « meilleures / moins mauvaises » pour la santé du consommateur. Que cela soit par ses qualités nutritionnelles ou par l’absence de certaines substances chimiques dans sa composition, son exploitation, ou tout autre aspect pouvant engendrer ce ressenti.

Cette définition reste en conséquence subjective à chaque consommateur.

Afin d’être plus explicite, il sera question ici des produits dits « frais », « bio », « sans OGM », « sans gluten » ou tout simplement « de saison », qui sont des qualités intrinsèques ou sanitaires des produits.

L’émergence des produits « sains », un phénomène social ?

Selon une étude effectuée par PWC sur les changements de consommation des français, 89% choisissent leurs aliments de sorte à rester en bonne santé.

Même si la notion de « Bon pour la santé » est un facteur subjectif, ce pourcentage laisse allègrement imaginer que ce changement peut avoir un impact non négligeable sur les habitudes des français.

Par ailleurs, selon cette même étude, les notions de « locaux », « éthiques », « moins polluants » et « éco-labellisés » présenteraient également de nouveaux enjeux importants pour les différents maillons de la chaine logistique, ceci depuis le producteur de matière première, jusqu’au distributeur.

Il n’est pas rare de pouvoir constater la manière dont les industriels traduisent ces nouvelles « demandes » directement dans les rayons de nos points de ventes habituels.

Les grands acteurs du secteur de l’agroalimentaire se positionnent de plus en plus sur des stratégies de diversification de leurs gammes vers de nouveaux produits sains ou encore vers une « révision » de certains de leurs produits phares.

Cette seconde possibilité est particulièrement visible puisque le type de message suivant est directement ajouté sur le packaging du produit : « Nouvelle recette, moins 30% de sucre ».

De la même manière, le nombre de publication vis-à-vis des méthodes pour « manger mieux » pullulent. Elles sont mises à disposition sur l’ensemble des canaux de communication accessible au consommateur final et sont écrites par tous types d’acteurs, tels que les consommateurs, les distributeurs ou encore les organismes regroupant différents acteurs de la Supply Chain.

Qu’en est-il de son impact sur les mécanismes principaux de la Supply Chain ?

La « Supply Chain » présentée dans cet article sera définie de manière simplifiée, soit par le flux de marchandises depuis le fournisseur matière première, jusqu’au point de vente du distributeur, en passant par l’usine productrice transformant la matière première en produit fini.

Ces nouveaux produits « sains » ont un impact sur la Supply Chain par leurs enjeux et ceci sur l’ensemble des acteurs qui la composent.

Là où un producteur de matière première tel qu’un agriculteur devra revoir l’ensemble de ses habitudes de culture, le fabricant pourra avoir à créer une chaine de transformation « dédiée », et le distributeur à adresser un nouveau marché de point de vente.

Aujourd’hui, l’impact premier de l’émergence des produits « sains » tels que les produits « Bio », « Sans OMG » et/ou « frais » se situe au niveau des producteurs des matières premières.

Les producteurs sont impactés car ils doivent réadapter leurs modes de culture en utilisant leurs connaissances en agronomie tout en devenant plus vulnérables à certains facteurs externes tels que les aléas climatiques.

Il suffit de prendre l’exemple du délai de trois ans nécessaires afin qu’une terre puisse être source, sans traitement, d’une culture sans OGM, ou encore le fait que sans substances chimiques, les matières premières deviennent plus fragiles et donc plus sensibles aux saisonnalités. Dans ce contexte, certaines mécaniques de Risk Management sont mises en place dès lors que les producteurs y sont sensibilisés et en maitrisent les tenants et aboutissants.

Les industriels, quant à eux, doivent prendre en compte de nouveaux processus de gestion de production afin d’être en mesure de conserver ces caractéristiques spécifiques tout au long de leurs chaînes logistiques.

Un industriel qui décide de se diversifier vers des produits bio, au risque de ne plus correspondre aux prérequis de la certification, peut ne pas avoir la possibilité de mutualiser ses outils de production. Cela peut se traduire par la nécessité de mise en place de processus de nettoyage trop long et/ou complexe ou encore de l’utilisation de machines non adaptées.

Ces problématiques peuvent être visibles sur l’ensemble des étapes de production, que nous parlions d’une phase de transformation de la matière première ou de la phase de packaging.

Au niveau des distributeurs, ces produits sains peuvent présenter de nouveaux enjeux importants, tels que la gestion de la conservation dans des atmosphères dirigées ou encore le transport de marchandises construit autour d’un packaging spécifique éco-responsable.

Les points de vente de ces produits sont souvent matérialisés par des enseignes plus petites et spécialisées présentant des gammes de produit très étendues, entraînant une réelle complexité pour les acteurs « classiques » de la grande distribution. Cela se traduit par la constatation de l’accentuation du marketing de ces derniers sur les notions « vendeuses » des produits sains tels que le bio.

Chacun des enjeux précisés sur un maillon en amont pourra impacter l’ensemble des maillons en aval de sa Supply Chain. La prise de risque pour le producteur au niveau d’un passage à des produits « Bio » et donc plus sensible aux intempéries engendre de facto pour l’industriel le besoin de diversifier son portefeuille de fournisseurs.

De la même manière, la non-capacité de mutualisation des outils de production d’un industriel engendre un risque pour le distributeur qui devra donc également être pris en compte dans sa planification.

Par ailleurs, la concurrence directe de la part des grands distributeurs tels que Auchan et Carrefour vis-à-vis des agricultures se structure par le déploiement de « fermes urbaines » aux alentours des magasins offrant la possibilité de cultiver des fruits et légumes à porter de mains. En effet, Carrefour a déjà installé au printemps 2017 un potager urbain à proximité de son magasin de Villers-en-Bière.

L’exemple des problématiques Supply Chain constatées à la suite de la mise à disposition du consommateur des nouvelles boissons de la marque « NAKED » de chez PepsiCo, telles que les « Cold Pressed Juice » ou encore la « Coconut Water » peuvent être vues comme des cas concrets de ce qui a été précisé précédemment. Ces deux boissons sont sans OGM, sans sucre ajouté, sans conservateur et vegan.

Là où les jus de fruit utilisant la technologie de pressage à froid ont nécessité l’utilisation de plusieurs processus complexes avec la création de nouvelles lignes de production spécifiques, la gestion de l’approvisionnement des noix de Coco pour la « Coconut Water » a ajouté des problématiques particulières de gestion des risques au niveau des sources d’approvisionnement. Les producteurs de noix de coco se situant principalement dans des zones à risques climatiques, comme les typhons.

Le packaging de ces deux boissons a également été étudié afin d’être composé de bouteilles recyclées de forme carré. Cette forme permettant après étude de la part de PepsiCo, de les stocker et transporter dans des espaces plus restreints et donc de diminuer les coûts rattachés à ceux des processus de la chaîne logistique.

Ces produits proposés par PepsiCo ne sont pas et/ou plus disponibles sur le marché français, probablement pour les raisons évoquées ci-dessus ou de délais entre la fabrication et la mise en disposition sur le marché trop long ou encore marketing, mais le sont au moins à date, sur les marchés américain et anglais.

Nous pouvons donc identifier que la présence de produit « sain » dans nos assiettes engendre des impacts plus ou moins directs sur les différents maillons qui composent la Supply Chain.

Nous verrons dans la seconde partie de cette publication, comment se traduisent ces nouvelles problématiques au niveau des systèmes d’information, tant sur des aspects de planification et de traçabilité par des outils de type blockchain, qu’au niveau du développement durable sur des aspects sociétaux et environnementaux.

A propos de l’auteur :

Damien Ferrieux est consultant / Chef de projet SI Supply Chain au sein du cabinet CHRYMELIE et apporte sa connaissance des systèmes d’information logistique auprès de nos clients. Il intervient notamment pour des clients agroalimentaires où il pilote les applications SI dédiées au monde de la Supply Chain.

Sources principales :
https://www.pwc.fr/fr/assets/files/pdf/2017/09/pwc-etude-alimentation-responsable-et-filiere.pdf 

https://www.inboundlogistics.com/cms/article/whats-eating-the-health-food-supply-chain/

https://www.lesechos.fr/02/10/2018/lesechos.fr/0302339670329_auchan-va-deployer-des-fermes-urbaines.htm

https://www.forbes.com/sites/stevebanker/2016/10/01/pepsicos-practical-application-of-supply-chain-resilience-strategies/#20ddc02b6293


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